BURN OUT : Un arrêt contraint mais nécessaire pour soigner sa relation au travail.
Définition et origine du burn-out : une réalité ancrée dans la culture de la performance
Le burn-out, terme introduit par le psychiatre Herbert Freudenberger dans les années 1970, désigne un état d'épuisement physique, émotionnel et mental résultant d'un stress chronique au travail. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il est désormais reconnu comme un syndrome résultant d'un stress au travail qui n'est pas géré.
Ses symptômes incluent une fatigue intense, un sentiment de détachement vis-à-vis de son travail et une réduction de l'efficacité professionnelle.
L’émergence du burn-out peut être liée à la culture de l’hyperperformance qui caractérise notre société actuelle.
Jean-François Dortier, sociologue et rédacteur en chef de la revue Sciences Humaines, met en lumière l’impact des normes de productivité sur la santé mentale des travailleurs. Dans une société où la performance est idolâtrée, les individus sont souvent amenés à dépasser leurs limites, sacrifiant ainsi leur bien-être au profit de résultats quantifiables. Ce phénomène est amplifié par les nouvelles technologies, qui brouillent les frontières entre la vie professionnelle et personnelle, conduisant à une hyper-connectivité qui empêche la déconnexion.
Anne, une cadre dans le secteur de la finance, est l'une de mes clientes qui illustre parfaitement ce phénomène.
Ce qui est particulièrement révélateur dans son parcours, c'est qu'elle n'avait pas conscience de se faire du mal. Elle était prise dans une course effrénée en avant, toujours soumise à la pression de produire et de performer. Son supérieur hiérarchique lui avait confié une mission spéciale, qui débordait de sa fiche de poste, et elle ressentait une peur intense d'être mal jugée si elle échouait. Jusqu’alors, Anne n'avait jamais connu l'échec, même pas un retard dans l'exécution d'un projet. Pour elle, chaque tâche accomplie était synonyme de valeur personnelle.
Ce profil est assez commun chez les personnes qui font l'expérience du burn-out. Souvent, elles prennent très à cœur leur relation au travail, y situant une partie importante de leur identité et de leur valeur sociale. Ce besoin d'approbation peut être un stigmate de l'enfance et de l'école, où la compétition et l'excellence sont souvent valorisées, tandis que ceux qui sortent du cadre sont stigmatisés. Ainsi, l'impératif de réussite se transforme en une obligation psychologique et l'échec devient synonyme de dévalorisation personnelle.
Conséquences du burn-out : une expérience de vulnérabilité et de déconstruction de soi.
Les conséquences du burn-out sont multiples et profondes, affectant tant la santé physique que psychologique des personnes touchées.
D’un point de vue psychologique, les individus peuvent souffrir de dépression, d’anxiété, et d’une perte de confiance en soi.
Christophe Dejours, psychanalyste et psychologue du travail, souligne que le burn-out peut également entraîner des conséquences physiques, telles que des troubles cardiovasculaires ou des maladies psychosomatiques.
Sur le plan social, le burn-out peut créer un sentiment d'isolement. Les personnes concernées peuvent avoir du mal à se confier à leurs proches par peur d'être incomprises ou jugées. En tant qu 'accompagnante, j'ai observé que cette vulnérabilité peut être très amère, mais elle représente aussi une opportunité de transformation. Lors de mes séances, j'encourage mes clients à embrasser cette vulnérabilité, non pas comme une faiblesse, mais comme un moyen de se reconnecter avec elles-mêmes et leurs aspirations profondes.
C'est ici que la philosophie de l’ikigai prend tout son sens. L’ikigai, concept japonais qui signifie "raison d’être", invite chacun à explorer ses passions, ses compétences, et la manière dont ces éléments peuvent contribuer à un monde meilleur. En aidant les personnes que j’accompagne à définir leur ikigai, je les guide dans un processus de déconstruction progessive des attentes extérieures pour reconstruire leur identité professionnelle sur des bases plus personnelles et authentiques.
La nécessité d’une réflexion éthique et juridique : vers un nouveau modèle de travail.
Bien que la France dispose d’un arsenal juridique solide pour protéger les travailleurs, avec des lois telles que la loi sur le bien-être au travail, la réalité sur le terrain est souvent différente. Les droits des salariés sont régulièrement contournés par des logiques de rentabilité à court terme qui continuent de prévaloir dans de nombreuses entreprises. Le Code du travail français stipule que l'employeur a l'obligation de veiller à la santé et à la sécurité des employés, mais l'application de ces lois est souvent insuffisante face à la pression de la performance.
Cette tension entre le droit du travail et la réalité vécue par les salariés souligne l'importance d'une prise de conscience collective sur les conditions de travail. Les réformes doivent aller au-delà de la simple application des lois ; elles doivent encourager un changement de culture au sein des entreprises, dans lesquelles l’autonomie et la confiance envers les employés pour accomplir leur mission devraient faire partie de la stratégie organisationnelle.
Luc Boltanski, sociologue français, met en évidence la nécessité de réévaluer notre rapport au travail et d'adopter une approche qui privilégie l’humain plutôt que le profit. L’un et l’autre sont nécessaires et interdépendants. Les organisations qui adoptent des pratiques favorisant un équilibre sain entre vie professionnelle et personnelle, comme le télétravail flexible et la réduction des heures supplémentaires, sont celles qui réussissent à créer un environnement de travail plus épanouissant.
Oser repenser la valeur travail et sa place dans le monde
Le burn-out, symptôme de notre société d’hyperperformance, appelle à une réflexion profonde sur notre rapport au travail et aux exigences qu’elle impose. En reconnaissant les conséquences de ce syndrome, tant au niveau personnel que sociétal, nous pouvons commencer à construire des environnements de travail qui respectent l’individu et valorisent son bien-être.
Le burn-out est un rendez-vous de vérité avec soi-même : une étape douloureuse mais aussi une opportunité de transformation.
Face à ce qui ne peut plus que se constater - le masque étant tombé - les personnes que j’accompagne apprennent à s’écouter.
S’écouter authentiquement c’est apprendre à moins se juger, à entendre ses ressentis, ses idées, ses envies, son originalité, ses valeurs profondes pour - étape après étape - trouver un chemin professionnel qui puisse dire qui je souhaite être et devenir.
Beaucoup (presque la majorité des personnes que j’accompagne) entreprennent de s’engager pour un monde plus juste, celui qui privilégie l'humain, valorise la diversité, et respecte la planète et choisissent une activité qui favorise la créativité, l'authenticité, et l’épanouissement personnel.
En redéfinissant son rapport au travail, il est possible de retrouver le pouvoir d'agir et de vivre une vie professionnelle épanouissante.
Viktor Frankl, psychiatre et survivant de l'Holocauste, le disait mieux que quiconque : « Tout peut être pris à un homme, sauf une chose : la dernière des libertés humaines — choisir son attitude dans n'importe quelle situation donnée ».
Reconnaître “que l’on a burné” est cette première étape qui consiste à prendre conscience de sa vulnérabilité pour reprendre sa liberté.
Envie de savoir comment être accompagné sur ce chemin ?
C’est ici : parcours coaching en one to one ou ici : séjour cocon pour toi tout seul.
Références Bibliographiques :
Freudenberger, H. (1974). Burnout: A guide to identifying burnout and pathways to recovery.
Dortier, J.-F. (2017). La société des hyperchoix : Quand la consommation devient une quête et Sociologie des émotions.
Maslach, C., & Leiter, M. P. (2016). Burnout: A Guide to Identifying Burnout and Pathways to Recovery.
Frankl, V. E. (1946). Man's Search for Meaning.
O’Brien, S. (2019). Laws of Workplace Mental Health: Protecting Employees from Burnout.
Freudenberger, H. (1974). Burn-out: A Guide to Identifying Burn-Out and Pathways to Recovery.
Bourdieu, P. (1979). La domination masculine.
Dejours, C. (1998). Souffrance en France.
Boltanski, L. (1999). Le nouvel esprit du capitalisme.
Dortier, J.-F. (2015). Sociologie des émotions.
Organisation mondiale de la santé (2021). Burn-out: un état d’épuisement émotionnel et physique.