Les femmes au travail : interroger les freins invisibles
Une histoire de lutte et d’inégalités : les femmes dans le monde professionnel
L’histoire des femmes dans le monde du travail est un parcours complexe, riche en luttes, en victoires, mais aussi en inégalités persistantes. Au début du XXe siècle, les femmes ont commencé à entrer massivement sur le marché du travail, en particulier durant les guerres mondiales, où leur contribution était essentielle pour le bon fonctionnement des économies. Toutefois, cette avancée n'a pas été sans conséquences.
Les mouvements féministes des années 1960 et 1970, incarnés par des figures comme Simone de Beauvoir et Betty Friedan, ont ouvert la voie à une réflexion critique sur la place des femmes dans la société. Beauvoir, dans son livre "Le Deuxième Sexe", pose les bases d'une analyse profonde des mécanismes d’oppression qui sous-tendent la condition féminine.
Malgré les avancées significatives, les femmes continuent de faire face à des inégalités structurelles dans le monde professionnel. Les rapports de l’Organisation internationale du travail (OIT) révèlent que, même si les femmes représentent près de 50 % de la population mondiale, leur participation sur le marché du travail est souvent inférieure à celle des hommes. De plus, les femmes sont fréquemment cantonnées à des postes moins bien rémunérés et accèdent difficilement aux postes de direction. Le concept de plafond de verre, développé par la sociologue Mavis L. Sanders, décrit ces obstacles invisibles qui empêchent les femmes d'atteindre les échelons les plus élevés de l'organigramme professionnel.
Dans mon expérience d'accompagnement, j'ai rencontré de nombreuses femmes talentueuses, conscientes de ces injustices, mais souvent paralysées par un sentiment d'impuissance. Par exemple, une de mes clientes, Léa, une professionnelle du marketing, a toujours excellé dans son travail. Malgré ses compétences, elle a vu ses collègues masculins recevoir des promotions qu'elle a jugées injustes. Léa m’a confié son sentiment de découragement, soulignant comment elle avait fini par douter de sa propre valeur. Cette intériorisation des inégalités, souvent nommée syndrome de l’imposteur, est une réalité que beaucoup de femmes vivent, les poussant à se conformer à des normes qui les desservent.
L’intériorisation des violences symboliques : des freins invisibles au changement
Les violences symboliques sont des mécanismes insidieux qui perpétuent les inégalités de genre et s'immiscent dans la psyché des femmes. Pierre Bourdieu a largement étudié ce phénomène dans ses travaux sur la domination symbolique. Cette forme de violence se manifeste par des stéréotypes et des préjugés qui renforcent l'idée que certaines compétences sont intrinsèquement liées au genre. Par exemple, la perception selon laquelle les femmes sont moins aptes à diriger ou à être assertives est une idée préconçue qui influence non seulement la manière dont elles se voient, mais aussi la manière dont les autres les perçoivent.
Lors de mes séances d’accompagnement, il n’est pas rare que mes clientes partagent des expériences de dévalorisation.
Claire, par exemple, a longtemps pensé qu'elle devait faire preuve d'une double compétence pour prouver sa valeur : exceller dans son travail tout en restant "agréable" et "disponible". Ce comportement est le reflet d'une pression sociale qui pousse les femmes à adopter des traits de personnalité jugés conformes aux attentes traditionnelles. En conséquence, Claire a souvent senti qu’elle ne pouvait pas exprimer ses idées audacieuses de peur de déranger, une dynamique qui est à la fois personnelle et sociétale.
De plus, la culture du harcèlement et des violences sexuelles dans le milieu professionnel constitue une autre facette de cette violence symbolique. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une femme sur trois a été victime de violence physique ou sexuelle dans sa vie. Ces expériences traumatisantes impactent non seulement les femmes, mais également leur engagement professionnel.
La peur du harcèlement est bien souvent intériorisée et renforcée dans ce monde du travail d’abord investi et occupé par les hommes.
Dans l’une de mes vies professionnelles, j’ai été assistante parlementaire, c’était avant Me Too… J’ai pris conscience des années après de l’auto censure que j’avais mise en place pour pouvoir m’intégrer. J'encourage aujourd’hui mes clients à nommer une résistance, une censure diffuse mais bien réelle et à les reconnaître comme des freins à leur épanouissement. Ce processus de prise de conscience est souvent le premier pas vers la libération de leur potentiel.
Oser créer de la valeur autrement : vers un nouveau paradigme de Travail
À l’heure actuelle, une transformation des mentalités est en cours, avec une aspiration croissante à mettre le sens avant la puissance. Les femmes souhaitent créer de la valeur non pas en exerçant un pouvoir traditionnel, mais en adoptant une approche collaborative qui favorise l’inclusivité. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où la société reconnaît l'importance de la diversité et de la responsabilité sociale.
Martha Nussbaum, dans ses réflexions sur l’éthique, souligne la nécessité de valoriser les compétences émotionnelles et sociales, qui sont souvent perçues comme des attributs féminins.
Le concept de l’ikigai, que j'intègre dans mes accompagnements, permet d’explorer la manière dont les femmes peuvent trouver un équilibre entre leurs passions, leurs compétences et leurs aspirations professionnelles. Cette matrice encourage mes clients à découvrir ce qui les fait vibrer et à envisager des chemins de carrière qui résonnent avec leurs valeurs personnelles. Certaines ont fait le choix de quitter leur emploi dans une grande entreprise pour lancer leur propre entreprise de conseil, axée sur des pratiques durables et éthiques. Elles ont ainsi pu trouver une voie qui leur permettent non seulement de s'épanouir personnellement, mais aussi de contribuer à un changement positif dans le monde.
En outre, les enjeux contemporains liés à la transition écologique et aux inégalités de genre offrent un terreau fertile pour imaginer un nouveau modèle de travail. De nombreuses femmes s'engagent dans des initiatives qui allient performance économique et respect de l’environnement. Des projets innovants émergent, prouvant que la rentabilité n’est pas incompatible avec une approche sociale et environnementale. J'ai été témoin de la passion et de l'engagement de mes clientes dans des projets qui visent à créer des entreprises éthiques et durables.
Plaidoyer pour une nouvelle manière de créer de la valeur au travail
La place des femmes dans le monde du travail mérite d'être redéfinie à la lumière des inégalités persistantes et des violences symboliques intériorisées. La volonté de réinvention et d'engagement des femmes offre - dans le même temps - une opportunité unique de transformer notre modèle économique et social.
Il est essentiel d’encourager un monde du travail qui valorise la diversité, l’inclusivité, et qui permette à chacun de contribuer selon ses talents, sans se conformer à des normes de pouvoir dépassées. Les femmes et les hommes, ensemble, peuvent redéfinir la manière dont nous travaillons et créer une valeur durable, construisant ainsi un avenir plus juste et équitable pour tous.
La montée des initiatives féministes, accompagnée d'une sensibilisation accrue aux inégalités de genre, témoigne d'une prise de conscience collective. En ce sens, nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère qui pourrait voir l'émergence de modèles de travail plus respectueux et inclusifs. Les récentes avancées dans la lutte pour l’égalité des genres, bien que timides, montrent que la société est en train de changer. Les hommes, qu’ils soient alliés ou engagés dans la cause féministe, jouent un rôle essentiel dans cette transformation.
La crise climatique agit comme un révélateur, incitant les femmes et les hommes à réfléchir à des modèles de travail plus durables. Il est temps d’unir nos forces pour construire une société où chacun, indépendamment de son genre, peut contribuer à un monde meilleur. En travaillant ensemble, nous avons la capacité de faire émerger des espaces de travail qui encouragent la créativité, l’innovation et la collaboration, tout en respectant l’individu dans sa diversité.
La lutte pour l’égalité des genres dans le monde du travail est loin d'être terminée, mais il est crucial de reconnaître les avancées réalisées tout en restant vigilants face aux défis qui subsistent.
Le chemin est long, mais chaque pas vers la reconnaissance et l'inclusivité est un pas vers un avenir où la valeur humaine prime sur la puissance.