Retrouver son pouvoir d'agir : oser le courage.

Il est bien des moments dans la vie où l’on aimerait que tout soit plus simple, où l’on se dit que si seulement les circonstances étaient différentes, on aurait plus de courage pour prendre des décisions importantes, changer de cap, et vivre une vie plus épanouissante. Pourtant, malgré cette aspiration à une vie plus authentique, plus en phase avec nos envies profondes, nous restons souvent paralysés.

Cette paralysie, je l’observe fréquemment dans mes accompagnements. Des personnes qui se sentent prisonnières de leurs décisions, enfermées dans une routine professionnelle ou personnelle, frustrées de ne pas oser prendre le risque d’un autre chemin, plus incertain mais peut-être plus en phase avec elles-mêmes. Pourquoi avons-nous tant de mal à passer à l’action ? Pourquoi cette impression d’être bloqués entre notre désir d’une vie plus libre et la pression de la sécurité ?

Cet article explore cette problématique du "pouvoir d’agir" : pourquoi avons-nous du mal à le retrouver, quelles sont les croyances qui nous limitent, et comment, progressivement, il est possible de reconquérir cette liberté de décision qui nous appartient. Pour cela, nous allons nous pencher sur des perspectives philosophiques et psychologiques, tout en partageant mon expérience d’accompagnement de personnes qui ont surmonté cette impasse et réussi à redonner du sens à leur vie.

Les freins à l'action : Un conflit entre sécurité et liberté

L'influence des normes sociales et culturelles

Dans notre société moderne, le travail et la réussite sont souvent définis par des normes sociales très strictes. Selon la philosophe Hannah Arendt, le travail est devenu une condition nécessaire à l’identité sociale dans les sociétés modernes. Notre "moi social", celui que nous projetons dans le monde extérieur, est largement façonné par nos rôles professionnels et nos succès perçus. Le problème, c’est que cette pression normative génère un profond sentiment de déconnexion intérieure pour beaucoup de personnes, qui se retrouvent à suivre un chemin tout tracé, mais en ressentant une forme de vide ou de frustration.

Ce modèle de vie, centré sur la sécurité et la conformité à des attentes sociétales, empêche souvent d’envisager d’autres possibilités, plus risquées mais aussi plus épanouissantes. Mes clients expriment souvent ce dilemme : d’un côté, il y a le confort apparent d’un emploi stable, et de l’autre, l’envie de donner un sens plus profond à leur existence, de sortir des sentiers battus pour explorer quelque chose de plus personnel. Mais la peur de l’échec, de l’incertitude, et même du jugement social, les maintient dans l’immobilisme.

La paralysie par la peur de l’échec et du jugement

Cette peur est profondément ancrée dans notre psyché. Selon Albert Bandura, théoricien de la psychologie sociale, la croyance en notre capacité à réussir est un facteur déterminant de notre motivation. Lorsque nous avons peu confiance en nos capacités, la peur de l’échec prend le dessus. Nous restons alors bloqués dans ce que Barry Schwartz appelle "le paradoxe du choix" : trop de possibilités génèrent de l’anxiété et finissent par paralyser notre capacité à prendre une décision.

Dans mon expérience d’accompagnement, je vois fréquemment des personnes qui hésitent entre deux mondes : celui de la sécurité, qui correspond à un modèle social dominant, et celui d’une vie plus audacieuse, plus en phase avec leurs désirs profonds. Mais la crainte d’être jugées, ou de regretter un choix risqué, les empêche de franchir le pas.

Déconstruire les croyances limitantes : Retrouver son “je”

Le poids des conditionnements

Nous sommes profondément influencés par notre environnement culturel, sociétal et familial. La manière dont nous avons été éduqués, les attentes que l’on a placées en nous, les valeurs que la société véhicule – tout cela façonne notre rapport au monde et à nous-mêmes.

La philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre met en lumière la nécessité pour l’individu de se libérer de ces conditionnements pour choisir sa propre existence. Sartre affirme que "l'existence précède l'essence", c’est-à-dire que nous ne sommes pas définis à l’avance, mais que nous nous créons à travers nos choix.

Or, beaucoup de personnes que j’accompagne ressentent un tiraillement entre ce qu’elles sont devenues par conformisme et ce qu’elles aimeraient véritablement être. Cette tension, entre le "moi socialisé" et le "moi authentique", est souvent à la source de leur immobilisme. La peur d’être perçues comme égoïstes, ou d’échouer en suivant un chemin moins conventionnel, les maintient dans des schémas répétitifs, où elles n’osent pas affirmer leur véritable identité.

Se reconnecter à ses désirs profonds

Retrouver son pouvoir d’agir implique de dépasser ces croyances limitantes. Comme le souligne le psychologue Carl Rogers, pour atteindre l’épanouissement personnel, il est essentiel de s’écouter soi-même, de reconnecter avec ses besoins et ses désirs profonds. Rogers parle de "l’actualisation de soi", ce processus par lequel la personne se libère progressivement de ses conditionnements pour se réaliser pleinement.

Dans mes accompagnements, je guide souvent les personnes à travers un processus de questionnement introspectif :

Qu’est-ce qui me fait vibrer ? Quelles sont les peurs qui m’empêchent de passer à l’action ? Qu’est-ce que je veux véritablement pour ma vie ?

En encourageant cette exploration, elles commencent à démanteler les fausses croyances qui les paralysent, pour retrouver la liberté de dire "je". Cela ne signifie pas se couper du monde ou des autres, mais bien de s’autoriser à vivre en accord avec soi-même, tout en trouvant sa place dans la société.

Oser agir : Le chemin vers une vie plus alignée

Accepter le risque et l'incertitude

L’une des clés pour retrouver son pouvoir d’agir est d’accepter que l’incertitude fait partie intégrante de la vie.

Le philosophe Kierkegaard parlait de "l’angoisse de la liberté" : la liberté implique la possibilité de l’échec, et c’est cette angoisse qui nous pousse souvent à choisir la sécurité plutôt que l’audace. Pourtant, dans ce choix de sécurité, il y a souvent une autre forme de souffrance, celle de ne pas vivre pleinement sa propre vie.

Le fait de prendre conscience que l’on ne pourra jamais tout contrôler permet de dépasser cette peur paralysante. Les personnes que j’accompagne arrivent progressivement à accepter que l’échec fait partie du chemin, et que c’est en osant prendre des risques qu’elles peuvent enfin se sentir en harmonie avec elles-mêmes. Certaines choisissent de redéfinir leur place dans leur entreprise actuelle, d’autres prennent des décisions plus radicales en changeant de carrière ou en se lançant dans des projets plus personnels. Mais ce qui importe, c’est que cette décision leur appartient et qu’elle leur permet de retrouver leur pouvoir.

Créer sa propre voie : La philosophie de l'ikigai

Retrouver son pouvoir d’agir ne signifie pas nécessairement rompre complètement avec son cadre de vie actuel. Il s’agit souvent de réinventer sa place dans le monde, de trouver un équilibre entre ses aspirations personnelles et les exigences de la société. Le concept japonais d'ikigai — qui désigne la convergence entre ce que nous aimons, ce en quoi nous sommes doués, ce dont le monde a besoin, et ce pour quoi nous pouvons être rémunérés — représente une voie précieuse pour guider cette réflexion.

Dans mon approche d’accompagnement, j'encourage toujours les personnes à explorer cette intersection. Souvent, elles se rendent compte qu'il est possible de trouver un chemin où elles peuvent exprimer leurs valeurs et leurs talents, tout en continuant à contribuer activement à la société. L’ikigai n’est pas un rêve utopique ; il s’agit de rééquilibrer notre vie professionnelle et personnelle de manière à sentir que ce que nous faisons a un sens plus profond, une utilité qui va au-delà de la simple recherche de sécurité ou de validation sociale.

Certaines personnes que j’ai accompagnées ont, par exemple, choisi de revoir leur place dans leur entreprise, en s’investissant davantage dans des projets qui faisaient appel à leur créativité ou leur sens de la contribution. D’autres ont opté pour un changement plus radical, en créant leur propre structure ou en s’orientant vers des secteurs plus alignés avec leurs valeurs. Mais toutes partagent ce même point commun : elles ont osé écouter leurs aspirations intimes et se donner la permission de changer.

Finalement, retrouver son pouvoir d'agir, c'est oser être soi-même, en dépit des peurs et des pressions externes. Il ne s'agit pas de rejeter le monde ou de s'en exclure, mais de prendre la place qui nous correspond, celle où nous pouvons contribuer tout en nous épanouissant.

La citation que j’adorais en philosophie (j’ai eu la chance d’en faire beaucoup durant deux ans avant le droit) vient en écho à cet article, elle vient de Kierkegaard, lequel écrivait “Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même."

Très tôt j’ai compris qu’oser être soi demande du courage, et longtemps j’ai navigué avec une certaine sécurité, celle d’être actionnée par d’autres (entreprises, cabinets, élus… c’était une partie de mon histoire) puis j’ai pris ce risque d’oser prendre un chemin plus original - certes plus risqué et moins conventionnel - à la hauteur de mes aspirations … et Cap sur Ikigai est née !

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